Pour ce rendez-vous enduro, nous avons opté pour l’organisation la plus efficace possible : caser quatre pilotes, leurs VTT et moult bagages dans le pick-up. Nom de code : « opération Tetris ».

Après des calculs qui feraient rougir de honte les experts de la NASA, nous arrivons à un résultat assez cohérent, même si les deux passagers à l'arrière se trouvent confinés en mode module lunaire.

Trois heures plus tard, nous voici à Belfort !

L’Enduro du Lion !

Ça vend du rêve... Je me voyais déjà dans la savane avec mon large chapeau, mon bermuda couleur sable et mes chaussettes remontées jusqu’aux genoux, prêt à en découdre sur les pistes brûlantes, pourchassé par des lions affamés… Ca avait de la gueule dans mon imagination !

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Votre numéro de dossard bwana… hein ? Plait-il ? Ah, oui, évidemment, jeune indigène à la peau couleur d’ébène… 69, une bonne année d’ailleurs ! C’est là où du fond de mon landau j’ai découvert les joies de la musique amplifiée, ça avait guinché toute la soirée en buvant de la bière de mauvaise qualité, c’était l’époque ou on pouvait encore se balancer allégrement des bouteilles en verre à la tronche et ou les salles baignaient dans un épais nuage de fumée cancérigène…

Oui, je suis master 40, jeune pygmée aux mollets affûtés. Quelle taille ? Mais vous êtes bien curieux, jeune et fière guerrier massaï à la peau cuivrée… Ah, c’est pour le tee-shirt ? Un cadeau de bienvenue ? Rouge ou bleu ? Pour ??? Un bouchon de potence ? Mais c’est Noël ! Que de joie et d’allégresse !

Mais il est grand temps de nous séparer, jeune coureur de brousse, le soleil couchant inonde l’horizon de sa lumière orangé et les bêtes sauvages vont sortir de leur torpeur pour se désaltérer. Et bien évidement, les 200 autochtones qui attendent derrière moi pour leur inscription sont unanimes pour m’enterrer vivant à proximité d’une fourmilière géante si je n’abrège pas … Eh oh, eh oh oh oh on ne me pousse pas, je vais trouver la sortie tout seul…

Nous avions prévu de bivouaquer prés d’un vaste plan d’eau propice aux moustiques en un lieu que les locaux appellent mystérieusement « le Camping de l’Etang des Forges » : Ca fait flipper et je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, terrorisé par ce nom qui doit cacher quelques puissantes magies noires.

J’ai finalement opté pour un lieu plus propice à l’imagination et à notre appétit d’explorateurs, dans le dialecte local on appelle ça le « pwemière clawsse».

Notre expédition compte quatre hommes : David « œil de lynx », toujours à l’affût d’une trajectoire permettant de grappiller quelques secondes, Dom « gare aux moriiiiiillleeees », rapport à la forme de son système reproducteur qu’il aime à agiter à la face du monde tel un goupillon, Jaco, « la poutre de Bamako », y’a t’il besoin d’une explication ? et JC, «le griffon nivernais » pisteur insatiable, la truffe au vent, toujours en quête de nouvelles traces. L’agence tout risque fait bien pâle figure à coté d’un casting comme le nôtre...Baroudeurs aux longs cours, aguerris aux techniques de survie, capables de transformer de l’urine de gnou en Tang goût orange, nous allions tout faire pour mener à bien notre mission et approcher au plus près du « grand podium », un rite initiatique ancestral qu’on n'a pu que trop rarement réaliser.

Mais installons-nous confortablement pour suivre notre périple. Perso je vous conseille le petit fauteuil style Richelieu là juste derrière, il a l’air moelleux à souhait.

Samedi soir, centre ville de Belfort, après un passage sur la terrasse d’un bar à bières, nous nous mettons en quête d’un petit restau. L’établissement au nom prometteur « chez Xav et Dom » nous faisait de l’œil avec son menu traditionnel, mais affichait complet. Nous nous rabattons sur le « Bouche à oreille » dont nous n’avons jamais entendu parler. Un steak d’espadon et un Belfort/Brest plus tard nous levons le camp.

Il va bientôt faire tout noir, l’heure de retrouver nos chambres. A bord de notre véhicule de brousse, c’est en milieu hostile que nous évoluons, et la jungle nous réserve son lot de pièges : en parfait tour opérator, je prends toutes les options sous les encouragements admiratifs de mes passagers : « magnifique le feu rouge », « sublime le couloir de bus », « superbe ce raccourci mais ne sommes-nous pas passé par ici il y a une minute ? » « à droite » « à gauche », il ne manquait plus qu’une visite des remparts en pick-up et on était au top.

Il est à peu près dimanche quand nous partons pour une longue journée d’exploration.

La mise en bouche de ces messieurs est avancée : montée du Salbert (651 mètres d'altitude) à la force du mollet, entourée de sa farandole d’odeur de transpiration. Nous nous hissons lentement mais sûrement vers l’antenne-radio au pied de laquelle nous attend le départ de la première spéciale.

C’est une mise en jambe toute en douceur sur une piste très fluide sans difficultés techniques. Un radar a été installé sur cette spéciale, j’arrive péniblement à atteindre les 33 km/h. Toujours aussi difficile de se mettre dans le bain.

La remontée par les GR est plus compliquée avec des pourcentages qui nous obligent à mettre pied à terre. A peine le temps de passer par la case ravitaillement et d’admirer le paysage qu’il faut prendre le départ de la deuxième spéciale.

Je m’élance tel un grand fauve neurasthénique d’un cirque de village, fluide comme une pâte à crêpes pleine de grumeaux, faisant tantôt corps avec la machine puis avec le sol, survolant la piste, tutoyant les arbres, flirtant avec les limites de l’adhérence, j’éclabousse la foule de mon style hors du commun... Bref, je fais de la merde.

Le passage que nous avons repéré la veille se passe comme prévu sur la première portion, puis un peu plus à l’arrache sur la deuxième partie pour finir en sortie de piste avec immobilisation dans un nœud de rubalise, tout cela sous les encouragements des spectateurs qui avaient flairé le potentiel vautratoire du passage.

Lorsque je remonte sur ma monture je constate que ma selle part vers la droite et mon guidon à gauche. Ca s’équilibre en fait ? Ben non, ça ne marche pas comme ça ! Je m’arrête pour recentrer ma selle d’un coup de poing bien placé, pour le guidon c’est plus complexe il faudrait que je sorte le multi-outils !

Je décide de continuer comme ça, ce qui demande un travail de concentration supplémentaire pour ne pas partir à la faute. Je finis la spéciale en me laissant rouler tranquillement. La ligne franchie, je check l’intégrité du pilote et du vélo, rien d’anormal, quelques égratignures… Remise en ligne de la potence et on repart pour une liaison…

Les choses commencent à se compliquer avec la survenue de crampes dans les deux cuisses, je temporise un peu mais ça devient difficile que ce soit à pieds ou sur le vélo. Je soupçonne fortement mes cuissots de ne pas avoir fait leur actualisation et d’avoir été radiés de mes jambes… Je suis en plein emploi fictif musculaire.

La troisième spéciale sera un calvaire, la moindre sollicitation musculaire pour appuyer sur les pédales se transforme en douleurs, je me laisse descendre sans pouvoir apprécier le tracé pourtant très ludique.

Dom rencontre les mêmes problèmes que moi, il décide d’arrêter là l’épreuve.

Je me dis qu’il reste une seule remontée pour rallier la spéciale 4, puis c’est le retour vers la citadelle.

L’envie est là, je commence à remonter tranquillement à mon rythme. Je fais plusieurs pauses pour éviter la crampe qui risquerait de me clouer complètement au sol, mais rien à faire, je découvre de nouvelles douleurs tous les cents mètres. L’exploration des muscles du corps humain bat son plein, un véritable safari musculaire avec plein d'espèces que je pensais disparues…

Je finis couché sur le bas coté, impossible d’arriver là-haut dans les temps !

De plus, les passages avec les plus gros pourcentages ne sont pas passés… Je jette l’éponge, c’est rare, mais aujourd’hui, c’est mission impossible. On a beau avoir un mental d’acier, quand le corps ne veut plus … C’est dépité que je redescends, direction le parking de la citadelle.

Dom est déjà changé et les premiers concurrents commencent à débouler dans le mur final. Une dernière crampe dans le gros orteil du pied en enfilant une chaussette pour finir cet épisode douloureux et peu glorieux… Je mets ça sur le compte de la grosse crève que j’avais choppé il y a un peu plus d’une semaine...

Ce n’est que partie remise !

Nous nous traînons jusqu’à l’air d’arrivée pour accueillir David et Jaco, qui sont quand même bien rincés mais qui ont réussi à venir à bout de l’épreuve, bravo à eux.

Il est l'heure de redéclencher l'Opération Tetris, on commence à être rodé : en quelques minutes l'affaire est pliée et le véhicule chargé.

Contact...l'énorme sculpture du lion de Belfort disparaît dans mes rétroviseurs.

On reviendra !

Résultats :
- David P. : 160ème scratch / 22ème master
- Jacques : 243ème scratch / 38ème master


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